Nous nous sommes rencontrés sur les bancs du lycée. Vingt-cinq ans plus tard, nous sommes toujours ensemble, quarantenaires, installés à Brest, avec deux petites filles et un projet qui nous trotte dans la tête depuis bien trop longtemps pour ne pas le concrétiser.
Je suis ingénieur, Fanny est avocate en droit de la famille. Sur le papier, deux vies bien rangées. Dans les faits, deux passeports bien remplis.
Trente heures de car pour la Croatie
Notre premier vrai voyage à deux, c'était la Croatie. En car. Trente heures à l'aller, avec un budget d'étudiants et une furieuse envie de découvrir le monde.
Depuis, il y a eu la Catalogne sous une tente, par 40 degrés, avec cette sensation d'avoir monté le camp dans un four — une de ces galères dont on rit encore aujourd'hui, et dont on se souvient bien mieux que de n'importe quel séjour tout confort. Il y a eu la Nouvelle-Zélande, notre premier voyage à l'autre bout du monde, celui qui a fait basculer quelque chose : la découverte qu'on pouvait vraiment aller très loin, et que ça valait le coup. Et beaucoup d'autres depuis.
Quand on fait le bilan de toutes ces années, le constat est sans appel : la plupart des moments mémorables de notre vie sont liés à un voyage. Ce sont ceux-là que nous retiendrons, à la fin.
Amoureux de la pointe bretonne
Il faut préciser une chose, parce qu'on nous pose souvent la question : nous ne partons pas parce que nous fuyons quelque chose.
Nous aimons profondément le bout de la Bretagne. La côte, évidemment. Mais aussi la culture, la mentalité des gens d'ici, ce climat qui ne s'emballe jamais vraiment — et surtout nos familles et nos amis, qui sont la vraie raison pour laquelle on revient toujours. Brest restera notre port d'attache. Ce voyage n'est pas une fuite, c'est une parenthèse. Une très grande parenthèse.
Puis sont arrivées Lise et Juliette
Lise a 5 ans, c'est « la grande ». Juliette a 2 ans et court déjà partout derrière sa sœur.
Avec elles, la question du voyage s'est posée autrement. On aurait pu attendre : attendre qu'elles soient plus grandes, plus autonomes, plus « faciles à emmener ». Attendre le bon moment, celui qui n'arrive jamais.
On a fait l'inverse. Nous avons décidé de tout plaquer et de partir maintenant, pendant qu'elles ont encore cet âge où tout est extraordinaire.
Concrètement, je pose une année sabbatique et Fanny ferme son cabinet. Deux décisions qui ne se prennent pas à la légère, et qui ont sans doute été l'étape la plus difficile du projet — bien plus que de réserver des billets d'avion.
Pourquoi partir un an ?
Nos raisons tiennent en quatre points, et le premier n'a rien à voir avec les paysages.
Passer du temps ensemble. Beaucoup de temps. Pas les miettes du soir et les week-ends courus. Une année entière, tous les quatre, sans course contre la montre.
Découvrir. De nouveaux lieux, de nouveaux paysages, des animaux qu'on n'a vus qu'en photo, des cultures qui fonctionnent autrement que la nôtre.
Voir l'émerveillement dans le regard de nos filles. C'est peut-être le vrai moteur de tout ça. Elles ne garderont sans doute pas un souvenir précis de chaque étape — Juliette encore moins que Lise. Mais on est convaincus qu'il en restera quelque chose : une curiosité, une aisance, une façon de regarder le monde.
Et transmettre cette passion. Celle qui nous a fait monter dans un car pendant trente heures il y a vingt ans.
L'itinéraire : douze destinations, un an, aucun retour au bercail
Nous partons en août 2026, pour un an. Le programme, dans les grandes lignes :